Gestion réseaux sociaux et Image de soi : Être authentique

Gestion réseaux sociaux et Image de soi : Être authentique

Je me souviens d’une scène toute simple, presque banale.

Un soir, une personne que je connais (appelons-la Aminata) s’installe sur son lit, téléphone à la main. Elle vient de vivre une journée correcte, sans drame, sans exploit. Une journée de travail, quelques messages, un peu de fatigue, un peu de fierté aussi. Rien d’exceptionnel. Elle ouvre Instagram, fait défiler.

En quelques secondes, elle tombe sur :

  • quelqu’un qui annonce “une nouvelle étape” dans un projet,
  • une photo impeccable d’un couple en voyage,
  • un avant/après spectaculaire,
  • une citation motivante sur “la discipline”,
  • une vidéo où tout le monde a l’air heureux, léger, confiant.

Aminata pose le téléphone. Puis le reprend. Elle se dit : “Moi aussi je devrais poster quelque chose.”

Elle ouvre l’appareil photo, se regarde, hésite. Elle prend une photo. La supprime. Puis une autre. La supprime. Elle finit par choisir une image “acceptables”, ajoute une phrase qui sonne bien… mais qui ne dit pas vraiment ce qu’elle ressent.

Et au moment d’appuyer sur “publier”, une pensée la traverse :

“Si je poste ça, est-ce que c’est moi… ou est-ce que c’est la version de moi qui veut être aimée ?”

Cette question, beaucoup de personnes la portent en silence.


1) Pourquoi l’authenticité est devenue si difficile

Les réseaux sociaux ne sont pas neutres. Ils sont construits pour capter l’attention. Et ce qui capte l’attention, c’est souvent :

  • ce qui brille,
  • ce qui choque,
  • ce qui impressionne,
  • ce qui provoque une émotion forte.

Résultat : on apprend, parfois sans s’en rendre compte, à “se présenter” plutôt qu’à “se montrer”.

Petit à petit, on peut glisser vers une forme de contrôle permanent :

  • On veut éviter d’être jugé.
  • On veut paraître cohérent.
  • On veut paraître heureux.
  • On veut paraître intelligent.
  • On veut paraître “avancé”.

Et quand on commence à vivre en fonction de ce que l’on pourrait publier, on n’est plus seulement en train de communiquer. On est en train de négocier son image.


2) L’image de soi en ligne : une vitrine, pas une identité

Votre profil est une vitrine. Une vitrine dit quelque chose de vrai, mais pas tout.

Le problème, c’est qu’on compare souvent :

  • notre vie entière (avec le doute, l’ennui, les difficultés, les contradictions),
  • à la vitrine des autres (avec leurs meilleurs moments, leurs meilleurs angles, leurs meilleurs mots).

Et ce type de comparaison est injuste.

Il est normal de vouloir soigner son image. Cela peut même être utile, surtout quand on a un projet, une activité, une cause, une expertise. La question n’est pas “faut-il avoir une image ?”

La vraie question est : est-ce que cette image me ressemble, ou est-ce qu’elle m’éloigne de moi ?


3) Être authentique ne veut pas dire tout montrer

On confond souvent authenticité et transparence.

  • La transparence, c’est tout dévoiler.
  • L’authenticité, c’est être vrai dans ce que l’on choisit de montrer.

On peut être authentique et discret.

On peut être authentique et pudique.

On peut être authentique et stratégique.

Être authentique, ce n’est pas poster ses blessures au moment où elles saignent. Ce n’est pas transformer chaque émotion en contenu. Ce n’est pas s’exposer pour prouver qu’on est “vrai”.

Être authentique, c’est surtout :

  • rester aligné avec ses valeurs,
  • être cohérent avec la personne qu’on est,
  • assumer son ton, son rythme, sa personnalité,
  • garder des limites claires.

4) Les signes qu’on s’éloigne de soi (sans s’en rendre compte)

Si vous vous reconnaissez dans certains points, ce n’est pas un échec. C’est un signal.

Voici quelques signes fréquents :

  • Vous ressentez une pression avant de publier, et une forme de vide après.
  • Vous publiez surtout pour être validé, pas pour partager.
  • Vous changez votre façon de parler pour “faire comme tout le monde”.
  • Vous supprimez ce qui “ne performe pas”, comme si cela disait quelque chose de votre valeur.
  • Vous vous sentez obligé d’avoir toujours une réponse, toujours une opinion, toujours une présence.
  • Vous vous comparez jusqu’à vous dévaloriser.

À force, on peut finir par faire quelque chose d’étrange : construire une version de soi qui plaît au public, mais qui fatigue la personne réelle.


5) Fixez des limites : l’authenticité a besoin de protection

Revenons à Aminata.

Le lendemain, elle décide de faire un test simple. Avant de publier, elle se pose trois questions :

  1. Intention : Pourquoi je poste ça, exactement ?
  2. Impact : Est-ce que je suis prêt à ce que des gens interprètent cela à leur manière ?
  3. Limite : Qu’est-ce que je veux garder pour ma vie réelle ?

Ce petit rituel change tout. Parce qu’il remet le pouvoir dans ses mains.

Quelques limites saines peuvent être :

  • attendre 12 à 24 heures avant de publier quelque chose de très émotionnel,
  • décider que certains sujets restent privés (relations, finances, conflits, santé),
  • ne pas répondre aux messages quand on est épuisé,
  • éviter de se justifier face aux critiques inutiles,
  • ne pas confondre visibilité et obligation.

Une phrase utile :

“Je n’ai pas besoin de m’expliquer pour exister.”


6) Gérez sa présence en ligne sans s’épuiser

Être authentique, ce n’est pas seulement “quoi publier”. C’est aussi comment vivre les réseaux.

Quelques pratiques simples, mais puissantes :

  • Désactiver certaines notifications : vous choisissez quand vous entrez dans le bruit.
  • Nettoyer son fil : si un contenu vous rend anxieux ou vous dévalorise, il n’est pas neutre.
  • Avoir un rythme réaliste : publier moins, mais mieux. Ou publier quand c’est juste, pas quand c’est “le moment”.
  • Se rappeler que le silence est un droit : ne pas publier n’est pas disparaître.

L’authenticité grandit quand on ne se sent plus en compétition permanente.


7) Publiez avec authenticité : un mini-guide concret

Si vous voulez un repère simple, voici une boussole :

  • Est-ce que je publie pour partager ou pour prouver ?
  • Est-ce que je me respecte dans ce post ?
  • Est-ce que je me sens libre, ou sous pression ?
  • Est-ce que cette publication correspond à ce que je veux construire sur le long terme ?

Et si vous avez un doute : écrivez votre post, gardez-le en brouillon, revenez plus tard. Très souvent, l’authenticité se reconnaît au calme qu’elle laisse.


Choisissez une présence qui vous ressemble

Aminata, quelques semaines plus tard, publie moins. Mais quand elle publie, elle se sent mieux. Elle ne cherche plus à imiter. Elle parle avec ses mots. Elle garde certaines choses pour elle. Elle partage ce qui est juste. Et surtout, elle ne confond plus l’écran avec sa valeur.

Être authentique sur les réseaux sociaux, ce n’est pas être parfait.

C’est être fidèle à soi, avec de la conscience, des limites, et une présence qui ne vous coûte pas votre paix intérieure.

Parce qu’au fond, la meilleure image de soi, ce n’est pas celle qui impressionne.

C’est celle qui ne vous oblige pas à vous trahir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *